samedi 29 août 2009

Clope et verre d'eau. Aragami.


Certains films sont des raretés. Des raretés qui vous prennent aux tripes et vous forcent à un raisonnement, une réflexion lors du visionnage. Des raretés qui, de par leurs images, leur musique ou encore le message qu'elles vous font passer, vous apportent une jouissance immodérée.
Ce n'est pas le cas d'Aragami.
Film japonnais de 2003, mais dont la qualité de l'image fait très 80's, Aragami est un film de Kitamura.

Slogan et synopsis.
"Two people. One room. One night. A duel to the death."
Un Samouraï blessé trouve refuge dans un temple bouddhiste, où il fait la connaissance d'Aragami. Maître dans l'art du sabre, Aragami se révèlera être un démon se nourrissant de chair humaine. Afin de lui échapper, le Samouraï n'a qu'une issue : défier le maître en duel...jusqu'à la mort...

Prenons donc un Samourai que nous appellerons X, et un monstre que nous appellerons Catherine.

Aragami est un film dans lequel on parle. Beaucoup. Trop, même. Kitamura lance l'approche philosophique à grands coups de crampons dans les gencives, sans pour autant parvenir à rendre le tiers de ce qui se dit intéressant. On parle pouvoir, ivresse de, vie après la mort (et réalité des conflits sociaux, ouais).
Ce qui est terrible avec Aragami, c'est qu'on sent qu'il aurait pu friser le film passable, mais qu'une accumulation de petits détails (ou carrément d'énormes échecs) ont fait qu'il ne décollera jamais du niveau risible du film de genre. Le premier point qui saute aux yeux, c'est la volonté de Kitamura à "représenter" (j'adore ce mot dans les critiques) le silence et l'isolation respective de chacun de ses personnages. Pour cela, on se poile sur des plans d'ensemble où les mecs sont assis à chaque bout de la pièce, et se regardent. Mal. Parce que leur jeu est mauvais. On ira même jusqu'à dire qu'il est nul. On passe de révélations en rebondissements qui vous font regretter les pires Deus Ex Machina de l'Antiquité, et ce sans aucun ménagement pour la sensibilité du spectateur tout ça (qui s'est probablement déjà arrêté puisqu'il n'avait pas à pondre une propagande sur cet étron).
Néanmoins, à ce stade il est encore possible (pour les plus ingénus d'entre vous, vaguement) de dire que ce film est, ouais, regardable un Dimanche pluvieux, si on a de la bière. C'est à ce moment-là qu'il est important de se pencher sur ce qu'il est convenu d'appeler "côtés techniques" (et laissez-moi caser un LOL). Aragami, c'est des effets sonores et visuels jamais vus, avec des travelling à 360°, de la musique qui fait passer le dernier Boulez pour une vaste supercherie, des couleurs qui font regretter les années 80, et des bruitages qui vous donnent la mélancolie de votre enfance (rappelez-vous, quand vous réussissiez à péter avec vos aisselles).
Et puis il y a les combats. Ceux qu'on ne comprend pas, avec une cession de trois minutes pour chaque quart d'heure de dialogue merdique. Des combats vachement crédibles, qui n'hésitent à aucun moment à ressusciter les morts et à défier les lois de la gravité ou de la connerie cosmique. Des combats qui se veulent respecter une unité de lieu, de temps et espace tout de même vachement fantaisiste, et qui aboutissent à une fin proprement hallucinante qui dépasse, et de très loin, tout ce qu'on aurait cru possible pour une bouse pareille.

En réalité, Aragami n'est pas un nanard.
C'est un navet, et de la pire espèce.
Celle qui y croit.